L'herbe rouge du pays

Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coin de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l’escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l’allée de briques, bordée d’orties bifides, qui menait au Carré, à travers l’herbe rouge du pays.

Boris Vian, Herbe rouge

dissabte, 11 d’abril del 2015

Aperçu sur l'absurde





« Absurde » est un terme philosophique apparu au XXe siècle dans les œuvres de Camus et Sartre, où il désigne l’absence de sens logique de la condition humaine.

Dans le domaine dramaturgique, on a appelé "théâtre de l’absurde" une forme d’écriture théâtrale, née après la Seconde Guerre mondiale, qui met en scène l’aspect dérisoire de la condition humaine et bouscule les conventions et les principes du théâtre bourgeois. La force novatrice de ce théâtre paraît s’être éteinte au milieu des années 1960. L’appellation « théâtre de l’absurde » a été construite en référence au courant philosophique de même nom et par distinction d’autres courants dramaturgiques. Elle réunit des auteurs qui se veulent individualistes, mais qui présentent plusieurs traits communs : nés à l’étranger et installés à Paris, de langue maternelle autre que le français, ils se trouvent en porte-à-faux à l’égard du théâtre engagé de l’après-guerre qui pose un regard critique sur une société dont ils ne partagent pas l’héritage. Joués dans des petites salles de la Rive gauche, servis par des metteurs en scène qui ont fait de l’avant-garde sa spécialité.

Les pièces concernées, se rejoignent par leur caractère insolite et mêlent de façon inusitée les éléments tragiques et les situations comiques. Les textes sont parodiques, ironiques, cyniques ; ils tendent à réduire l’action théâtrale à presque rien et rejettent toute référence historique, devenant par là le reflet inversé du théâtre engagé. 

Le personnage est presque toujours un antihéros (Ionesco), un marginal (Beckett) ou un aliéné (Adamov), souvent sans psychologie et sans contours définis.  De même, les auteurs font preuve d’une grande suspicion envers le langage et montrent l’impossibilité de la communication. Les dialogues tournent à vide, abondent en clichés, et sont caractérisés par l’excès dans le trop peu (Beckett). Il en résulte souvent un théâtre statique, fait de longs silences, que l’on a pu relier au théâtre symboliste : refusant à la fois le réalisme et le naturalisme, le psychologisme et l’engagement, l’absurde se rattache à une dimension métaphysique et non sociologique ou psychologique de la condition humaine. Cette remise en cause des traditions théâtrales s’apparente au dodécaphonisme en musique, au nouveau roman en littérature, à la nouvelle vague au cinéma.

« Théâtre de l’absurde », elle reste une façon utile de regrouper ces dramaturges qui ont poussé à la limite la logique de l’action théâtrale. 


Pascal Riendeau

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