L'herbe rouge du pays

Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coin de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l’escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l’allée de briques, bordée d’orties bifides, qui menait au Carré, à travers l’herbe rouge du pays.

Boris Vian, Herbe rouge
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diumenge, 7 de juny del 2015

Louis et l'étranger




J'ARRIVE OÙ JE SUIS ÉTRANGER- LOUIS ARAGON

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger




dilluns, 20 d’abril del 2015

Un solo trozo de ala alza el vuelo total de todo un cuerpo.





MIGUEL HERNÁNDEZ- EL TREN DE LOS HERIDOS


Silencio que naufraga en el silencio
de las bocas cerradas de la noche.
No cesa de callar ni atravesado.
Habla el lenguaje ahogado de los muertos.

Silencio.

Abre caminos de algodón profundo,
amordaza las ruedas, los relojes,
detén la voz del mar, de la paloma:
emociona la noche de los sueños.

Silencio.

El tren lluvioso de la sangre suelta,
el frágil tren de los que se desangran,
el silencioso, el doloroso, el pálido,
el tren callado de los sufrimientos.

Silencio.

Tren de la palidez mortal que asciende:
la palidez reviste las cabezas,
el ¡ay! la voz, el corazón la tierra,
el corazón de los que malhirieron.

Silencio.

Van derramando piernas, brazos, ojos,
van arrojando por el tren pedazos.
Pasan dejando rastros de amargura,
otra vía láctea de estelares miembros.

Silencio.

Ronco tren desmayado, enrojecido:
agoniza el carbón, suspira el humo
y, maternal la máquina suspira,
avanza como un largo desaliento.

Silencio.

Detenerse quisiera bajo un túnel
la larga madre, sollozar tendida.
No hay estaciones donde detenerse,
si no es el hospital, si no es el pecho.

Para vivir, con un pedazo basta:
en un rincón de carne cabe un hombre.
Un dedo solo, un solo trozo de ala
alza el vuelo total de todo un cuerpo.

Silencio.

Detened ese tren agonizante
que nunca acaba de cruzar la noche.

Y se queda descalzo hasta el caballo,
y enarena los cascos y el aliento.




dissabte, 11 d’abril del 2015

Aperçu sur l'absurde





« Absurde » est un terme philosophique apparu au XXe siècle dans les œuvres de Camus et Sartre, où il désigne l’absence de sens logique de la condition humaine.

Dans le domaine dramaturgique, on a appelé "théâtre de l’absurde" une forme d’écriture théâtrale, née après la Seconde Guerre mondiale, qui met en scène l’aspect dérisoire de la condition humaine et bouscule les conventions et les principes du théâtre bourgeois. La force novatrice de ce théâtre paraît s’être éteinte au milieu des années 1960. L’appellation « théâtre de l’absurde » a été construite en référence au courant philosophique de même nom et par distinction d’autres courants dramaturgiques. Elle réunit des auteurs qui se veulent individualistes, mais qui présentent plusieurs traits communs : nés à l’étranger et installés à Paris, de langue maternelle autre que le français, ils se trouvent en porte-à-faux à l’égard du théâtre engagé de l’après-guerre qui pose un regard critique sur une société dont ils ne partagent pas l’héritage. Joués dans des petites salles de la Rive gauche, servis par des metteurs en scène qui ont fait de l’avant-garde sa spécialité.

Les pièces concernées, se rejoignent par leur caractère insolite et mêlent de façon inusitée les éléments tragiques et les situations comiques. Les textes sont parodiques, ironiques, cyniques ; ils tendent à réduire l’action théâtrale à presque rien et rejettent toute référence historique, devenant par là le reflet inversé du théâtre engagé. 

Le personnage est presque toujours un antihéros (Ionesco), un marginal (Beckett) ou un aliéné (Adamov), souvent sans psychologie et sans contours définis.  De même, les auteurs font preuve d’une grande suspicion envers le langage et montrent l’impossibilité de la communication. Les dialogues tournent à vide, abondent en clichés, et sont caractérisés par l’excès dans le trop peu (Beckett). Il en résulte souvent un théâtre statique, fait de longs silences, que l’on a pu relier au théâtre symboliste : refusant à la fois le réalisme et le naturalisme, le psychologisme et l’engagement, l’absurde se rattache à une dimension métaphysique et non sociologique ou psychologique de la condition humaine. Cette remise en cause des traditions théâtrales s’apparente au dodécaphonisme en musique, au nouveau roman en littérature, à la nouvelle vague au cinéma.

« Théâtre de l’absurde », elle reste une façon utile de regrouper ces dramaturges qui ont poussé à la limite la logique de l’action théâtrale. 


Pascal Riendeau

dissabte, 4 d’abril del 2015

Las palomas de la mañana





PEQUEÑO VALS VIENÉS



En Viena hay diez muchachas, 
un hombro donde solloza la muerte 
y un bosque de palomas disecadas. 
Hay un fragmento de la mañana 
en el museo de la escarcha. 
Hay un salón con mil ventanas. 
¡Ay, ay, ay, ay! 
Toma este vals con la boca cerrada. 

Este vals, este vals, este vals, 
de sí, de muerte y de coñac 
que moja su cola en el mar. 

Te quiero, te quiero, te quiero, 
con la butaca y el libro muerto, 
por el melancólico pasillo, 
en el oscuro desván del lirio, 
en nuestra cama de la luna 
y en la danza que sueña la tortuga. 
¡Ay, ay, ay, ay! 
Toma este vals de quebrada cintura. 

En Viena hay cuatro espejos 
donde juegan tu boca y los ecos. 
Hay una muerte para piano 
que pinta de azul a los muchachos. 
Hay mendigos por los tejados. 
Hay frescas guirnaldas de llanto. 
¡Ay, ay, ay, ay! 
Toma este vals que se muere en mis brazos. 

Porque te quiero, te quiero, amor mío, 
en el desván donde juegan los niños, 
soñando viejas luces de Hungría 
por los rumores de la tarde tibia, 
viendo ovejas y lirios de nieve 
por el silencio oscuro de tu frente. 
¡Ay, ay, ay, ay! 
Toma este vals del "Te quiero siempre". 

En Viena bailaré contigo 
con un disfraz que tenga 
cabeza de río. 
¡Mira qué orilla tengo de jacintos! 
Dejaré mi boca entre tus piernas, 
mi alma en fotografías y azucenas, 
y en las ondas oscuras de tu andar 
quiero, amor mío, amor mío, dejar, 
violín y sepulcro, las cintas del vals.



Per Silvia Pérez Cruz: 

https://www.youtube.com/watch?v=vx5CW0Vyvi8