L'herbe rouge du pays

Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coin de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l’escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l’allée de briques, bordée d’orties bifides, qui menait au Carré, à travers l’herbe rouge du pays.

Boris Vian, Herbe rouge

dijous, 6 de novembre del 2014

Déjeuner du matin, et bonjour automne.




Il a mis le café 
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café.
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé 
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier 
Sans me parler
Sans me regarder

Il s'est levé
Il a mis 
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j'ai pris 
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.


Jacques Prévert 


http://amediavoz.com/prevert.htm#DESAYUNO


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